Il était tard. La nuit était tombée depuis un bon moment. Seule la clarté de la lune laissait paraître un peu de lumière dans les ruelles sombres de ce village reculé où une ombre marchait lentement. Ses pas se firent un peu plus rapides et en approchant de plus près, on pouvait distinguer un jeune garçon, à peine sorti de l'adolescence qui avait encore toute la vie devant lui. C'était du moins l'une des premières pensées qui nous venaient à l'esprit après une vue d'ensemble. Pourtant, il avait le regard morne, vide de tout sentiment comme le tas de cendres que l'on constate après qu'un morceau de bois se soit consumé. Il continuait d'avancer, imperturbable comme vers nulle destination. Chaque pas lui coûtaient de nombreux souvenirs refaisant surface, de nombreuses larmes, chacune étant une déchirure profonde. Il arriva au pied un vieil immeuble désaffecté où l'odeur du passé et de la ruine avaient un avant-goût de douleur. L'atmosphère qui y régnait était triste, inhabitée et si dépourvue de vie que l'on aurait pu croire que des fantômes hantaient les lieux. L'endroit était si parfait pour ce genre de triste affaire. Les larmes qu'il essuyait rageusement se maudissant d'être si faible coulaient sans cesse malgré lui. Pour une fois, rien qu'une seule et unique fois, il devait être courageux, rassembler ce qu'il restait de sa personne et franchir le pas. Ce pas serait la libération tant attendue, sa fin à lui. Après il n'aurait plus de soucis à se faire, il serait tranquille à jamais. Oui, c'était le cas de le dire car si une chose était éternelle, c'était bien la mort. Quand on franchit le pas, on ne retourne pas en arrière... Quand on passe de l'autre côté du monde, on ne revient pas... Si l'éternité ressemblait ça, il acceptait d'y goûter. Son corps tout entier était secoué de spasmes dus aux sanglots et malgré sa respiration lente et saccadée, il parvint à grimper les marches grises, de pierre froide et humide de cet immeuble avec le peu de force qui lui restait. Il approchait de la fin, la vraie. Un saut, un seul et ce serait fini, terminé, achevé pour de bon. Une fois arrivé sur le toit, il se jura de ne pas se retourner. S'il le faisait il ne trouverait jamais le courage ou la lâcheté de continuer. Il s'approcha du bord qu'il regarda avec insistance pendant quelques fractions de secondes qui lui semblèrent être des années entières. Ses pleurs n'avaient plus lieu d'être, son corps ne tremblait plus et la dernière flamme de son c½ur s'éteignit à cet instant précis. Le monde l'avait oublié et cela devait être réciproque. Il ferma les yeux et se laisser glisser. Le plus dur était passé et il était irrémédiable. Il avait commis l'irréversible. Il avait sauté.
Un corps d'homme, environ 17 ans, retrouvé près d'un vieil immeuble désaffecté. Il semblerait qu'il s'agisse d'un suicide. La police mène son enquête...